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 Mythologie et philosophie

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MessageSujet: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 19:48

Nous publions ici le texte "Le Roi Midas et les Murmures du Vent", paru aux éditions l'Harmattan de Valéry Raydon. Valéry Raydon est docteur en Histoire Ancienne, et travaille au Lycée Vauvenargues d'Aix-en-Provence. Son ouvrage se propose de revisiter le mythe du roi Midas, parfois avec humour. S'il ne s'agit pas à proprement parler d'une étude philosophique, ce travail permet d'ouvrir une réflexion sur le sens des mythes et mérite de ce fait d'être présenté dans un forum de philosophie; Que son auteur soit remercié de bien vouloir donner ici accès à son travail.
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 19:49

Le Roi Midas

et

les Murmures du Vent



Valéry Raydon





Sommaire




Chapitre 1 – L’or du roi ………………….. p.9

Chapitre 2 – Le jardin des sables ……....… p.25

Chapitre 3 – L’âne et les loups ....……….. p.41

Postface ..….……………………….....….. p.57



Bonus …………………………………….. p.67

Lexique des principales références mythologiques
et historiques .……………...……………... p.69

Sur les traces du roi Midas ……………… p.80

Midas en son temps………………………. p.82
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 19:52

Chapitre I

L’or du roi



En une époque très ancienne, le royaume de Phrygie se dressait au coeur des steppes et des plateaux anatoliens. Ce pays, qui abritait jadis d’innombrables troupeaux et chaumières, n’était alors plus qu’une terre de désolation, aride et calcinée. Il se mourait des guerres fratricides qui opposaient les factions aristocratiques se disputant
le pouvoir. Le Dieu Suprême, Zeus, fatigué des lamentations continuelles de deuil et des sinistres offrandes de fumées âcres et noires qui montaient assombrir son Ciel, se résigna à intervenir pour mettre fin aux calamités. Puisque les nobles phrygiens ne pouvaient s’entendre pour gouverner, de son autorité incontestable il désignerait lui-même un nouveau roi. Il fronça ses sourcils broussailleux, fit gronder le tonnerre et
lâcha quelques fagots d’éclairs. Quand il fut sûr d’avoir capté l’attention de tous, il couronna un jeune homme du peuple appelé Gordion, puis
retourna se prélasser sur un moelleux nuage. Le choix du maître de l’Olympe ne relevait pas du hasard : le règne de Gordion fut celui de la bonté, de l’ordre et de la justice. A sa mort, la Phrygie baignait à nouveau dans une douce prospérité. Les sujets pleurèrent tant ce roi aimé que leurs larmes donnèrent naissance à un fleuve, le Pactole, dont
les eaux depuis lors parcourent paisiblement la contrée.

De ses amours avec la Mère des Mères, la déesse Cybèle, Gordion avait
eu un fils. Il l’avait prénommé Midas, et c’est lui qui, encore adolescent, hérita de
la lourde charge de la fonction royale. Et le poids de cette dernière ne tarda pas à lui peser. Midas n’était pas assis sur son trône depuis plus de deux lunes que, déjà, il s’ennuyait. Son sang impétueux souffrait de la tranquillité du royaume.
Son père avait rétabli la paix. On s’en souviendrait. Mais lui, Midas, n’allait-il faire
qu’entretenir l’oeuvre respectable de son vénéré géniteur ? « Triste exploit à accomplir ! », pensait-il. Les gens de son peuple étaient aimables et affables, le temps s’écoulait en festivités champêtres qu’il jugeait indolentes et mièvres. Cette harmonieuse atmosphère l’insupportait et fit se lever dans sa tête un vent de révolte de nature à
balayer la neurasthénie qui submergeait son âme. C’est ainsi qu’il conçut l’ardent désir d’agrandir ce royaume paisible dans lequel il se sentait trop à
l’étroit. « Un pays fort se doit d’avoir une politique étrangère vigoureuse ! Père a négligé ce point ! »

Midas eut tôt fait de rassembler à sa suite
toute la noble jeunesse également pleine de
fougue et d’intérêt pour la possibilité de s’illustrer
dans de glorieux faits d’armes. Une troupe
majestueuse de plusieurs milliers de soldats
s’élança bientôt à la conquête du monde. Elle ne
trouva sur sa route aucune frontière ni muraille de
taille à entraver sa course. Les jours et les années
passèrent en batailles féroces et en sièges, dans le
fracas du bronze et de l’acier. Les royaumes
tombèrent les uns après les autres. Et Midas
acquit par l’épée le plus vaste empire jamais
constitué jusqu’alors.

Les autres rois en venaient à se soumettre
d’eux-mêmes et offraient leur sceptre sans
combattre, épouvantés par le frémissement du sol
à l’arrivée de la cohorte phrygienne, présage de
sanglants massacres et de pillages méticuleux.
Midas, mû par Arès, était devenu le plus effrayant
des messagers de l’Hadès. Sa fureur guerrière
semblait insatiable. Il poussait sa meute toujours
plus loin, tant et si bien qu’il parvint en des
contrées inconnues même à leurs habitants et,
finalement, en des lieux extrêmes encore sauvages
qui demeuraient inhabités. Midas fit halte pour la première fois au bout
de la terre, dans un jardin des délices à la beauté
originelle. Là, auprès d’une source qui coulait
claire et pure, il rencontra Silène, le plus vieux et
le plus sage des satyres qui accompagnaient
habituellement Dionysos. Il y était endormi ivre-
mort, une cruche de vin à la main. L’arrivée de
l’armée eut raison de son sommeil. Il sursauta et
titubant, s’approcha du campement dressé par
Midas.

- Roi Midas ! Je suis ton dévoué serviteur.
Permets que je me prosterne aux pieds de celui à
qui appartient cette terre sur laquelle je déambule.
Puisse ta vie être aussi longue que la durée des
temps et ton règne une bénédiction pour
l’humanité.

- Sois le bienvenu, Silène ! Approche et
prends place à mes côtés. On te dit instruit des
mystères de l’Univers. Dis-moi, Vieux Père, quel
est donc le secret de la Vie ?

On dressa un siège pour le vieux faune.
L’assistance des valeureux guerriers fit silence
dans le cliquetis de leurs armures flamboyantes.
Le vieillard regarda Midas d’un oeil moqueur.

- Ne l’as-tu donc pas découvert,
ô Puissance incomparable ? N’as-tu pas toi-même
des yeux pour regarder et des oreilles pour écouter
la vie ? Il est vrai que ton avidité à conquérir
toujours de nouveaux territoires et de nouveaux
trésors montre bien que tu ne l’as pas trouvé chez
toi ! Ton royaume est-il donc à ce point désertique
que tu tentes de l’irriguer à la fontaine d’autrui ?

A ces mots, le roi rougit quelque peu.
Silène poursuivit.

- Crois-en mon expérience, Grand Roi, la
meilleure chose pour celui qui est né est de mourir
au plus tôt ! Mieux vaut ne rien savoir et profiter
joyeusement dans la simplicité innocente, car la
vérité, c’est que... Il lança un rot tonitruant à la
face du monarque phrygien et éclata de rire. La
réponse venteuse ne fut pas du goût du roi. Il
ordonna à sa garde de saisir l’insolent et d’orner
ses pattes fourchues de lourds colliers et bracelets
de fer.

- Ta réputation de sagesse m’a tout l’air
d’être usurpée, maudit soiffard ! J’attendrai que tu
dessaoules. Les relents de tes nuits de débauche
insultent mon odorat royal.

Le lendemain, on représenta Silène
enchaîné au roi Midas.

- J’espère que la nuit t’aura porté conseil et
que tu ne décevras pas ton roi une seconde fois.

- Ô lion parmi les rois ! Tu as bien fait de
me rappeler combien la méditation est utile aux
jeunes comme aux vieux. Pardonne une insolence
provoquée par un breuvage de raisin trop
fermenté. En quoi puis-je servir mon Prince ?
Demande et j’exécuterai ton bon plaisir.

- Je veux devenir comme toi détenteur de
secrets magnifiques pour m’assurer fortune et
puissance infinie. Je veux recevoir le pouvoir
suprême : enseigne-moi l’art de transformer les
choses en or !

- Crois-tu en être digne, ô ambitieux
monarque ? Ou y être seulement préparé ?

- Je suis le Roi des Rois !

- Que ta volonté soit donc faite ! Je
t’accorde ce que tu désires. Puisse cette révélation
éclairer ta vie et servir ton peuple.

Et Silène conclut d’un claquement de doigt
et d’une incantation prononcée dans un langage
inconnu des générations d’hommes qui s’étaient
succédé depuis l’aube des temps. Le monde
autour de Midas se mit à tourner et le roi
chancela. Le prince phrygien délira pendant sept
jours et sept nuits. Il se réveilla en sueur sans bien
savoir où il était. Il reconnut la chambre de son
palais où l’on avait mis à brûler encens et bougies.
Il se dressa sur son lit recouvert de tentures
funèbres. La mémoire lui revint lorsqu’il prit
appui sur sa main droite pour s’extraire de la
couche. Au contact de ses doigts, le tissu du drap
se figea en un or étincelant dix-huit carats. Midas
se mit à rire et passa en revue tout son mobilier.
Sa chambre brillait de mille feux orangés et Midas
prit conscience que sa richesse était désormais
sans limite. Grandement satisfait, il appela serviteurs et
gens du palais et ordonna qu’un somptueux petit
déjeuner lui fût servi dans l’instant. La première
bouchée rappela Midas à une réalité moins
joyeuse : il croqua à pleines dents dans un fruit
qu’il croyait bien mûr et juteux. La bouche en
sang, les larmes aux yeux, il observa longuement
la pomme d’or qu’il tenait en main. Effrayé, il jeta
au loin le fruit qui semblait avoir été cueilli dans
le verger des Hespérides. Ses convives le
regardaient silencieux autour de la grande table.
Lui se leva en hâte, hébété, renversant bol de
céréales et tartines dorées sur tranche. La salle et
les invités se pétrifièrent à leur tour en or. Midas
contemplait ses mains avec angoisse. Il releva la
tête et aperçut une silhouette cornue et souriante
au seuil de la salle. « Je suis impressionné par la
vitesse à laquelle tu t’embourgeoises noble
seigneur ! Tes réceptions, en revanche, sont d’une
tristesse ! » dit Silène avec une moue pleine de
mépris. « Pas même une coupe à boire ! Je ne vais
pas rester. Tu ne sais décidément pas vivre ! » Il
tourna le dos au monarque phrygien et lui lança
en s’éloignant ces paroles, comme il aurait donné
un os à un chien affamé : « Va-t’en jusqu’au
sommet du Tmolos et purifie tes mains à la source
du Pactole. Tu seras délivré de la malédiction que
tu souhaitais tant. »

Midas quitta son palais aussitôt pour la
haute montagne qui dominait son empire. Il gravit
à perdre haleine les parois escarpées de ce toit du
monde, suivant à rebours le courant du fleuve
Pactole qui s’en allait vers la plaine. Au lever du
jour il parvint au but et plongea ses mains dans
l’eau glacée qui jaillissait de la roche. C’est
depuis ce temps que le Pactole roule dans son lit
pépites et paillettes. Midas venait d’offrir un
fleuve d’or à son peuple mais il ne prit pas plaisir
au spectacle des reflets dorés qui constellaient
désormais le cours sinueux du fleuve. Il sanglotait
entre ses mains guéries. Il avait fait du savoir un
jouet mesquin propre à satisfaire sa soif de
pouvoir et de domination. Son père s’était soucié
de justice, d’équité, de bonté. Il s’était préoccupé
de son peuple. Midas, lui, ne s’était jamais
intéressé aux autres et il avait porté la guerre et la
mort. Son nom avait un goût de sang. Ses
conquêtes avaient été d’illusoires victoires
remportées sur personne, elles n’avaient pas de
sens. Son désir de puissance et de gloire l’avait
conduit vers le néant. Il n’était pas digne d’être
roi. Partout était la nuit. Il demandait pardon à son
père et implorait la Grande Mère. Il était seul.

Enfin, pas tout à fait ! Silène était là, à ses
côtés, couché dans l’herbe grasse, la truffe au
vent, humant l’air frais du matin.

- Les routes sont multiples sur le chemin de
chaque vivant, Midas. Si un itinéraire ne nous
convient pas, on peut en changer. C’est la
persévérance dans l’erreur qui est à déplorer ! Si
tu ne trouves pas ta vérité dans l’or, cherche-la
ailleurs !

Midas resta longtemps au bord de la source.
Il regardait très loin dans la plaine les remparts
étincelants de la capitale. Il se jura de revenir le
jour où il serait prêt à régner. Et il partit à la
recherche de ce feu que le Titan Prométhée avait
autrefois dérobé aux Immortels et qu’il avait
offert aux hommes pour les sortir des ténèbres où
ils étaient plongés. Le feu qui ne s’éteint pas et
grâce auquel ils n’auraient plus jamais froid.
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 20:01

Le temps s’en était allé lui aussi. Midas ne comptait plus le nombre de saisons depuis le
moment où il avait quitté le berceau escarpé du Pactole. Il s’était débarrassé à la première occasion de sa couronne et de son armure d’or. Il les avait généreusement offertes à un épouvantail dont il avait pris l’indigence vestimentaire en pitié, au milieu d’un vaste champ récemment labouré. Le cuir de ses chausses était tombé en lambeaux. Ses traits s’étaient creusés et faisaient de son visage la carte des mille et une routes qu’il avait suivies pas après pas. Sa bouche n’était plus qu’un fil souriant et son regard semblait désormais apaisé des tempêtes anciennes. Il avait parcouru son royaume de long en large. Il était devenu familier des bourgs, des forêts et des étables, des misères et des bonheurs de ses anciens sujets, des grandeurs et des mesquineries de tout un chacun. Il avait vécu au rythme des activités agricoles et pastorales, des fêtes calendaires, des naissances et des morts.

Par un beau matin où il cheminait sans hâte, Midas fut attiré par un son étrange. Ses oreilles captèrent, dans l’air battu par les vents, une mélodie nasillarde dont il chercha à découvrir la provenance. Elle l’entraîna jusqu’à un gouffre d’où sortaient de terre en rugissant les eaux du fleuve Marsyas. La musique était tantôt
entraînante et joyeuse, tantôt lancinante et plaintive. Elle prenait tour à tour les différents masques de la vie. Elle répandait un or invisible dans l’atmosphère. Midas s’avança au milieu des hautes cannes de bambou qui barraient l’entrée de
la bouche caverneuse du fleuve. Il devinait la seule personne capable d’émettre de tels sons et trouva Silène allongé sur une sommaire paillasse,
soufflant dans un morceau de roseau sur lequel
dansaient ses doigts. La charge des milliers
d’années qu’il avait traversées paraissait écraser
son corps émacié. Il était en train d’expirer de sa
carcasse ses derniers souffles d’air. Midas, lui,
avait l’impression de respirer pour la première
fois. Leurs regards se croisèrent, leurs coeurs
battaient à l’unisson. Alors le temps s’arrêta. Un
rayon de soleil vint illuminer le front de Midas et
des oreilles de faune lui poussèrent.

Lorsque Silène se fut endormi pour
toujours, Midas le dépouilla de sa peau et en
confectionna une outre dans laquelle il emboîta la
flûte de roseau. Il voulut concevoir un instrument
capable de perpétuer sans jamais s’interrompre la
parole de vie du vieux maître. Depuis lors, il
arpenta inlassablement le monde pour la répandre
aux quatre vents et aux quatre horizons. On
raconte que sa musique ouvrit et guérit le coeur de
tous ceux qui l’entendirent, des plantes et des
rochers, des hommes et des bêtes. Aujourd’hui
encore, lorsque le vent s’engouffre dans les joncs
qui poussent sur les rivages des fleuves phrygiens,
il murmure le nom de ce mortel qui fut plus qu’un
roi, le médecin des âmes.


-----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre II

Le jardin des sables



Lointaine était l’époque où Midas avait
baigné ses mains dans la source fraîche du
Pactole. Ce vagabond aux semelles de vent s’en
retournait d’un pas léger vers son palais. Il se
sentait prêt à régner à nouveau. Il tricotait en
chemin un grand bonnet en laine de mouton pour
cacher les longues oreilles velues qui s’élevaient
au-dessus de sa tête. Le fils de Gordion voulait
offrir à son peuple des retrouvailles rassurantes
avec un roi simple et civilisé. Ses concitoyens
l’avaient connu et craint autrefois sous les traits
d’un conquérant sanguinaire et tyrannique et il
trouvait insupportable de leur revenir pire encore,
transformé en animal ! Sauvages et fières, les
oreilles royales ne cessaient de rebiquer à
l’intérieur de la prison de laine. Midas allait vers
son destin, levant les yeux vers son remuant et
indiscipliné couvre-chef. Il souriait à l’idée qu’un
jour naîtrait, dans une contrée occidentale, une
tribu d’hommes ivres de liberté qui inventeraient
une société nouvelle et qui feraient de ce bonnet
phrygien l’emblème de leur révolution.

Son premier geste de roi fut d’offrir son
trône au dieu solaire. Midas voulait gouverner
désormais à la clarté des lampions célestes. Il
choisit d’envoyer son offrande au temple de
Delphes, entre mille sanctuaires d’Apollon, car
son oracle infaillible témoignait de la
fréquentation assidue du lieu par la plus
lumineuse des divinités. Ce trône imposant où tant
de rois s’étaient assis pour prononcer
d’immuables décrets était une merveille parmi les
merveilles du monde. Il avait dû être autrefois le
siège même d’un dieu. C’était un ouvrage de
marqueterie sans égal, pour lequel on avait
assemblé les bois des espèces les plus nobles,
depuis le chêne de Celtie jusqu’à l’olivier de
Grèce, du cèdre de Phénicie aux arbres à encens
d’Arabie. Qui l’observait pouvait dresser
l’inventaire le plus complet des richesses
terrestres en matière végétale. Aux dires de
certains, ce reliquaire sacré aurait également
comporté des branchages provenant des pommiers
d’Avalon, des arbres du jardin d’Eden et du
vénérable frêne scandinave Yggdrasill lui-même.
A cette composition se rajoutaient, en de subtils
enchâssements, des pièces d’orfèvrerie et d’ivoire
finement ciselées et d’innombrables pierres
précieuses. Ces ornements le faisaient briller de
mille feux si éclatants que la nuit n’osa jamais se
présenter devant lui. Des lions rugissants
soutenaient son assise et un aigle aux ailes
déployées emportait le dossier au-dessus des
nuages du ciel. Ces créatures palpitant de vie
inspiraient à qui les regardait un silence parfait
comparable à celui qui flottait sur la mer du
Chaos au commencement des temps.

Il arriva qu’en cette même
période chez les voisins grecs un
grand trépied en or fut repêché
en pleine mer. Au milieu d’un
filet de daurades et de rougets, la
prise était pour le moins
extraordinaire. On consulta en
hâte l’oracle delphique pour
savoir que faire de cette pêche fabuleuse. La
Pythie alertée, complètement déchirée aux
décoctions de laurier et d’eucalyptus, se roula un
énième double feuille pour appeler sur elle l’esprit
saint. La piste d’atterrissage était plus coutumière
à ce dernier que la plaine de Nazca aux vaisseaux
extra-terrestres. Il ne tarda pas à la visiter de fond
en comble pour lui communiquer sa réponse. La
Pythie titubante fit suivre le message : le trépied
devait revenir au plus sage de tous. Il y avait alors
en Grèce sept illustres sages d’égale valeur. La
vérité leur était aussi familière qu’aux poils de la
barbe des prophètes. Un émissaire fut donc chargé
du trépied et reçut l’ordre de le remettre au
meilleur d’entre les sept vieillards. Chacun d’eux
vantait les qualités incomparables de ses pairs et
enjoignait le messager à aller leur porter au plus
vite l’inestimable objet. Les sages se réunirent et
tinrent conseil, mais les disputes étaient sans fin, à
de longs argumentaires sans faille répliquaient des
aphorismes laconiques indubitables. Le problème
semblait insoluble et il s’en fallut de peu que l’on
ne découpât le trépied en sept portions. Mais
tempérance et patience s’accommodent mal du
climat méditerranéen et les amphores bien
fraîches d’un petit vin de Samos aidant, les sages
s’échauffèrent et commencèrent à s’empoigner les
uns les autres pour s’obliger à accepter le présent
et à faire fi de leur incommensurable modestie.
Les vénérables barbus semblaient avoir retrouvé
leur tumultueuse jeunesse. Ils virent passer devant
eux en joyeux cortège le trône de Midas porté par
des eunuques et escorté de corybantes sonnant
flûtes et tambourins. Ce petit monde cheminait
vers Delphes pour déposer la somptueuse
offrande.

- Par Dionysos, lâchez-moi la grappe !
N’est-ce pas là le trône du roi Midas ?

- L’esprit de ce barbare jadis aussi épais
que celui d’un âne semble grandement s’être
amélioré !

- Par les cordes de la lyre d’Apollon ! Cela
annonce le début d’un règne éclairé !

- C’est à Midas que nous devrions offrir ce
trépied. Il aurait peut-être l’intelligence ou
l’arrogance de l’accepter !

- Suivons plutôt son exemple mes amis !

- Oui mes frères. Arrêtons de nous tirer les
moustaches et consacrons-le à l’omniscient, celui
qui voit et sait tout, du nombre de grains de sable
du désert aux hontes bien plus nombreuses de nos
vies.
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 20:05

- Oui ! Tu parles bien l’ami ! Qu’il en soit
ainsi !

Le second geste de Midas fut de rebaptiser la capitale du nom de son père. Le nom de Gordion ressurgissait en maître et annonçait l’avènement d’une nouvelle ère d’harmonie pour la Phrygie. Au milieu du palais, lui-même au centre de la contrée, Midas régna. Et il fut un bon roi. Il avait à l’esprit l’accueil que chacun de ses sujets lui avait prodigué au temps où il arpentait en vagabond son royaume. Soucieux d’obéir aux lois sacrées de l’hospitalité, les plus humbles
étaient allés jusqu’à sacrifier leur unique poulet ou leur dernière bûche pour le recevoir dignement. Ils lui avaient donné tout ce qu’ils possédaient.
Midas, à son retour, se mit au service de chacun et oeuvra au bien de tous. Le jour, il légiférait, jugeait et priait avec sagesse et équité. Il recevait
ses sujets, écoutait avec attention et bienveillance leurs doléances et leurs besoins, puis il leur donnait ce qui convenait, en fonction non de ce
qu’ils voulaient mais de ce qu’il fallait. Aucun ne repartit jamais sans être satisfait, fût-il arrivé dans l’humeur la plus noire. Lorsque Midas parlait,
c’était comme si un océan de bonté s’en venait inonder le coeur de son interlocuteur afin d’éteindre le feu de ses souffrances et de ses
maux. Ses paroles étaient les meilleurs médecines et les plus douces des caresses. La nuit, sa cornemuse sur le dos, il sortait du palais et de la
ville pour courir les montagnes et les forêts. Il partait ensemencer les rêves des créatures terrestres du chant ancestral qui présida à la
naissance du monde.

S’il fut bien une époque pour laquelle on put parler véritablement d’âge d’or, ce fut le temps de Midas. Toute chose et tout être semblaient alors à leur place au royaume phrygien. Et tout prospérait. Mais rien n’est jamais figé ici-bas et la vie ne tarda pas à rejeter Midas sur les routes du monde. Midas croyait les tempêtes de ses désirs désormais apaisées. Mais les désirs, s’ils prennent quelquefois des vacances, sont incapables d’abandonner définitivement le corps humain. Ils sont semblables à une hydre coriace qui voit resurgir deux têtes à la racine de celle qu’on lui a péniblement coupée. Si Midas avait vaincu ses anciennes passions, il était loin d’avoir fait le tour du propriétaire de sa nouvelle peau. Ses appétits de satyre se faisaient entendre. Midas, tout entier à sa tâche royale, parvenait à les attendrir et à les faire patienter. Il les savait pareils aux vagues qui viennent et se retirent. Mais une faim demeurait et le tenaillait sans relâche. Son coeur et son bas-ventre à l’unisson réclamaient femme à aimer. Quand la foudre d’amour s’abat sur l’homme, fût-il le plus sage des rois, il est difficile d’échapper à son orage. Tant et si bien que ce désir ardent se mua bientôt
en un irrépressible appel. Midas convoqua
l’assemblée du peuple et lui exprima le tourment
qui possédait son âme. Les Phrygiens convinrent à
l’unanimité qu’un roi qui renonce à l’amour était
aussi inutile à leur vie que l’invention d’une roue
carrée. Il était d’une impérieuse nécessité que
Midas parte à la recherche d’une compagne.

Cette quête-là mena Midas plus loin encore
que ses cheminements précédents. Car trouver
l’amour est chose difficile. C’est plutôt lui qui
vous trouve et vous choisit. Midas parcourut bien
des pays, croisant bien des regards et combien de
beautés admirables. Il marcha inlassablement vers
cette voix qui l’appelait et se dérobait toujours à
lui, plus inaccessible que l’horizon.

Coïncidence des calendriers, le jour de son
départ, en un pays aussi éloigné qu’aride, un
prodige s’était produit. Point de trépied sortant
des eaux cette fois. Non, mes amis ! Dans ce sol
craquelé que le soleil semblait avoir choisi pour
tanière, un rosier s’était mis à pousser dans le
jardin de la reine. Les mages du palais
accoururent, examinèrent le végétal, l’orientation
des astres et les entrailles de bon nombre de
victimes et conclurent qu’il ne s’agissait pas d’un
rosier anodin. Il y avait là assurément une plante
magique qui donnerait une prospérité infinie à son
propriétaire si elle venait à fleurir. La reine,
enchantée par la nouvelle, promit moult
récompenses d’or et de diamants au jardinier qui
parviendrait par sa science à faire éclore la fleur
d’opulence. Elle promit également la mort à celui
qui échouerait, conformément à la rudesse des
moeurs de la contrée. Satisfaite de sa décision, la
reine s’en retourna à des préoccupations qu’elle
jugeait plus immédiates, telle la bonne marche des
affaires de son royaume qui ne fonctionnait guère.
Beaucoup de jardiniers se présentèrent, diplômes
et médailles de botanique bien en vue, convaincus
que leur art savant viendrait à bout du fameux
rosier. Ce dernier ne parut point impressionné par
leurs titres ronflants et ils s’en retournèrent les uns
après les autres la tête sous l’épaule, proprement
tranchée. Trois années s’étaient écoulées lorsque
Midas pénétra dans le royaume. Il allait dans ce
paysage désertique sans voir que derrière lui un
tapis d’herbes luxuriantes et de trèfles à quatre
feuilles poussait dans chacun de ses pas. Lui
marchait de l’avant, sans se retourner, le coeur en
sang, semblable au divin forgeron Héphaïstos
après que Zeus l’eut balancé du Ciel sur la terre et
lui eut fermé la porte de l’Olympe. Il était encore
plus perdu qu’à l’accoutumée, un vent terrible le
pourchassait depuis plusieurs journées et l’avait
poussé jusqu’à la porte de la forteresse princière.
Résigné à suspendre sa course le temps de la
tempête, il frappa à la lourde porte de bronze pour
demander asile. Les gardes, habitués, le
conduisirent jusqu’au jardin sans rien lui
demander. Ils raillèrent le loqueteux de sa
prétention à réussir là où tant d’illustres jardiniers
avaient échoué. Ils présentèrent l’arbre tout en lui
mentionnant le risque qu’il y avait à échouer.
Mais ses oreilles déjà ne les écoutaient plus.
Frémissantes, elles s’étaient dressées d’un coup à
l’appel de la voix. C’est alors que Midas vit
passer la reine au loin entre les colonnades de
marbre, suivie de ses ministres et de quelques
indispensables domestiques. Elle paraissait avoir
été sculptée par l’angelot Cupidon en personne
dans une fine perle d’ambre tant ses traits
rappelaient ceux de la déesse Aphrodite. Lui, le
Roi des Rois, se sentit comme un enfant démuni.
La reine de Saba n’avait pas dû faire moins d’effet
au tempéré Salomon. Midas accepta le poste
qu’on lui offrait avec grande joie et n’eut alors de
cesse de s’occuper de la plante. Point par des
mélanges compliqués d’engrais ni par des tailles
savantes dont il ignorait tout, mais il lui
offrit son seul amour. Jour et nuit, il parlait à la
plante, la couvait de ses caresses et de ses baisers,
lui faisait de l’ombre quand le soleil devenait
ardent, l’entourait de sa chaleur quand le froid se
faisait trop vif. Au bout d’une année, un bourgeon
apparut sur la plus haute branche du rosier.
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 20:07

Cette rose était comme le coeur de la
reine. Pour qui savait lui parler, s’ouvrait la
route de l’âme fragile de la princesse. Un beau
matin, la reine, en pleine salle du trône, fut
surprise d’entendre résonner en son être la voix
douce et chantante de son nouveau jardinier. Elle
courut à la fenêtre et ayant vu le bouton naissant
du rosier, abandonna ses affaires naguère si
importantes. Elle s’en vint résider dans le jardin,
aux côtés de son apprenti jardinier aux étranges
oreilles, couvertes de poils gris et soyeux, mais
qui n’étaient pas dénuées de charme. La reine ne
se consacra plus qu’à la culture des plantes. Elle
sentit la fleur d’amour qui s’épanouissait sur
l’arbre grandir également en son sein. On vit alors
la terre de son royaume, autrefois stérile, verdir et
se couvrir d’étendues fleuries aux senteurs
délicieuses. La reine épousa le vagabond royal et
leurs deux royaumes furent bientôt unifiés en un
seul pour le bonheur de tous.



-------------------------------------------------------------------

Chapitre III

L’âne et les loups



Les jours s’étaient enchaînés et avaient
traîné à leur suite les semaines, les mois et les
années. Cronos les avait comptés et recomptés et
sûr qu’il n’en manquait aucun, dressait sa table et
se préparait à faire un festin de la génération
d’hommes finissant. Riches comme mendiants,
puissants et faibles, saints et pêcheurs, tous
aboutiraient d’ici peu dans son assiette. Il y avait
sans doute des viandes meilleures que d’autres,
mais l’appétit de l’ogre était à sa mesure,
titanesque et insatiable, et il ne goûtait pas ces
subtilités. Les oreilles et la barbe de Midas
avaient blanchi. Le vieux roi guettait sa boîte aux
lettres et s’attendait à y trouver prochainement la
convocation de l’Ouranide aux longues dents. Il
restait soumis au destin des êtres humains, même
si des larmes de printemps éternel avaient depuis
longtemps remplacé le sang dans ses veines et si
des prières païennes célébrant ses louanges
s’étaient gravées en lettres de feu sur sa chair.

Midas sentait le terme de son règne se
rapprocher. Il avait accompli autant qu’il avait pu
depuis son lointain avènement. D’abord en mal,
puis en bien. Il en fut ainsi. Midas était devenu le
père de son temps avec le naturel du jour qui
succède à la nuit. Ses contemporains avaient
beaucoup appris de lui et s’en trouvaient
meilleurs. Il lui restait pourtant une dernière
mission délicate à mener et qui concernait
l’éducation d’un seul. L’heure était venue
d’expliquer à son fils Gordias la fonction royale
qu’il aurait bientôt à remplir. Celui-ci venait de
parvenir à l’âge où l’on se cherche et où le corps
se transforme. Il s’en trouvait mal à l’aise avec
tous et surtout avec lui-même, souffrant de tout et
spécialement de l’image de ce père trop grand et
de cette mère à l’amour envahissant.

Midas invita son presque homme de fils à
une longue traversée à cheval des territoires
anatoliens. Gordias le suivit en faisant traîner les
sabots de sa monture. Il avait vissé sur ses oreilles
son baladeur qui lui distillait de la musique du
nouveau monde, et il gardait la tête baissée, plus
occupé à envoyer des texto à ses copains qu’à
découvrir les beautés et les limites de son futur
royaume. Il cherchait une occasion de s’entretenir
avec son père, pour lui dire qu’il trouvait ça
« relou » de devoir être roi, qu’à l’heure
d’aujourd’hui on avait peut-être plus besoin de
rois. Il ne voulait pas de cette charge de mule. Lui
avait d’autres envies que cet avenir tout tracé. Etre
garagiste, par exemple, ça c’était cool ! Mais les
mots se bousculaient en lui avant de se perdre au
carrefour de sa gorge. Et pire que tout, il imaginait
ce père qu’il avait toujours cru échappé d’un
cirque ou d’un conte de fées, l’écouter en souriant
et lui répondre, avec une compatissante
indulgence, une de ses horribles maximes dont il
était coutumier, du genre « quoi que tu fasses mon
enfant, fais-le bien ! »

Ils n’étaient pas partis depuis deux sabliers
que le voyage semblait déjà interminable à
Gordias. Ses piles et recharges étaient mortes et
lui, dépouillé de son armure, à l’agonie. Il voulait
retourner se cloîtrer dans sa chambre douillette.
Son père l’entraînait en pleine lumière dans des
espaces sans fin. Décidément, il ne comprenait
rien, ce père-là ! Alors qu’il redressait la tête pour
maudire une fois de plus le dos de son patriarche,
Gordias se surprit à découvrir le monde. Il leva les
yeux sur les paysages qu’ils parcouraient. Il
voyait autour de lui s’animer ce qu’il avait
toujours pris pour le décor où se jouait la tragédie
de sa vaine existence. Chaque plante, chaque
pierre, chaque bête croisée, saluait le jeune prince.
Tout était plein de vie. Même le silence qu’il
redoutait tant. La Vieille Mère lui parlait. Sans
doute n’avait-elle pas cessé de le faire depuis sa
naissance. Mais lui l’entendait enfin.

Ils avançaient sur le chemin d’une haute
montagne. Laissant leurs chevaux, ils
s’engagèrent sur l’escalier taillé dans la roche qui
conduisait à son sommet. Gordias ouvrait la route.
A chaque marche gravie lui apparaissait la figure
d'un roi ancien qui avait gouverné le pays. Tantale
d’abord, qui fut non seulement parjure mais qui
eut l’idée saugrenue de tester les dieux en les
invitant à un dîner où il servit son fils comme plat
principal. Puis Pélops à l’épaule d’ivoire qui
perdit son propre royaume, assassina son beau-
père et incita les hommes à s’affronter
perpétuellement en créant les jeux olympiques. Sa
soeur Niobé à la descendance nombreuse et à
l’orgueil démesuré qui se croyait plus heureuse
que les immortels eux-mêmes. Lityersès, le roi
moissonneur à la faux affûtée, qui instaura
l’agriculture et tenta de supprimer la vieille race
des bergers. Marche après marche, roi après roi,
l’héritier du sceptre montait vers le ciel,
s’instruisant de leurs exemples. Combien avaient
failli ! Combien s’étaient perdus ! Et il entendait
leurs voix repenties lui conseiller depuis les
profondeurs de l’Hadès de ne pas commettre les
mêmes fautes. Enfin, il posa le pied sur la
dernière marche et il vit Midas, son père, encore
trop jeune quand le pouvoir vint l’écraser de son
poids, plus lourd à ses épaules que ne le fut la
voûte céleste aux épaules d’Atlas. Il revécut ses
erreurs et ses douleurs jusqu’à ce que son âme
sombre s’illuminât à la rencontre du monde et de
Silène, puis au contact de sa douce femme et de ce
fils que tous deux avaient longtemps espéré. Il le
découvrit si humain. Gordias arriva au sommet où
il avait rendez-vous avec lui-même. Le vent
fouettait son visage et hurlait à ses oreilles. Sur un
trône de pierre se tenait une très vieille femme au
regard de feu et aux cheveux plus blancs que la
neige. Elle lui souriait. Il s’inclina devant elle et
lorsqu’il releva la tête, elle avait disparu. Alors
Gordias s’assit sur le trône et, comme un faucon
majestueux planant au-dessus des cimes,
contempla le royaume sous ses pieds qui
s’étendait à perte de vue. Midas alors ouvrit la
bouche. Il lui parla du dieu du vent qui balaie tout
de son souffle et qui serait le grand ordonnateur
de la mélodie ballottante et tourbillonnante de son
existence. « Rien n’est sûr mon fils en ce qui
concerne l’homme, sauf les innombrables routes
qu’il lui faudra suivre dans l’errance infinie. Ne
t’oppose pas à l’esprit qui court et qui soumet les
créatures à sa volonté. Cours avec lui. Aie
confiance. Ou au moins, fais avec, comme lorsque
tu veux soulager ta vessie par jour de grandes
bourrasques et que tu désires ne pas tacher ta
tunique ! Toi qui après moi vas régner, garde en
mémoire les ruines de l’ancienne citadelle de
Troie que nous avons visitée en chemin.
Souviens-toi des vestiges des palais hittites érigés
sur ces terres il y a encore bien plus longtemps.
Les empires ne sont que des constructions d’hommes éphémères.
Ils ne durent qu’un instant, le temps d’un rêve plus ou moins réussi consenti
par les dieux. Ce n’est pas pour savourer les
vertiges de la toute-puissance que tu es là,
Gordias ! C’est pour eux que tu es appelé à
gouverner, ne l’oublie jamais ! » L’index de
Midas désignait la plaine en contrebas. Gordias
regarda monter en lente procession son peuple au
grand complet. Pendant trois jours et trois nuits,
les sujets se succédèrent devant le jeune monarque
pour le saluer et se présenter à lui. Et Gordias se
prosterna devant le monde, et le monde s’en remit
à lui.
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 20:11

Alors qu’il préparait sa succession, on vint avertir Midas d’une menace grandissante. Elle
venait des terres brumeuses du nord. Sortant des brouillards de glace, de farouches guerriers se jetaient sur les opulentes terres d’Anatolie telle une meute de loups affamés par un hiver trop long fondant sur un dodu petit chaperon rouge égaré.
Ils étaient appelés Cimmériens et on prétendait qu’ils naissaient les armes à la main. Vêtus de peaux de bête et le corps peint du sang de leurs ennemis, ils se hissaient dès leur plus jeune âge sur de redoutables coursiers aussi sauvages qu’eux et n’en descendaient plus jusqu’au jour de leur mort, bien évidemment brutale, à l’image de leur vie. Entre ces deux étapes, ils occupaient leur existence à écumer sans répit le monde en de sinistres chevauchées et à commettre d’effroyables massacres dont le récit reléguait les démons de la nuit au rang de timides vestales. Midas avait su jusqu’alors préserver son
royaume de la guerre. Son nom était respecté de tous et les royaumes alentour continuaient à préférer conclure des traités de paix et d’alliance avec son pays. Bien sûr cela était provisoire. Certains voisins prenaient de l’importance avec les années. Les rois de Ninive à l’est, ceux de Sardes à l’ouest devenaient puissants et avides. Ils
croyaient encore dur comme fer que, si l’argent ne faisait pas le bonheur, l’or pouvait y arriver. Il était dans l’ordre des choses que la Phrygie passât
dans leurs mains, mais cela n’inquiétait pas Midas car il avait conscience que la Phrygie et ses habitants survivraient au sein d’autres Etats plus vastes. L’âme des peuples ne meurt jamais de ces occupations-là. La menace cimmérienne était autre. Ces assassins nordiques ne venaient pas pour conquérir et assimiler, ils étaient des
destructeurs et des pillards sans calcul. De leur passage, il ne restait jamais que des cendres. Jour après jour, les Cimmériens se
rapprochaient à la vitesse de l’ombre qui s’étend
lorsque le soleil plonge dans la mer. Midas venait
méditer dans le temple de Zeus où il avait
consacré le char de son père. Le char était célèbre
pour son joug que Gordion avait tressé dans une
branche de cornouiller. Le noeud en était
inextricable et une antique légende prétendait que
celui qui parviendrait à le défaire régnerait sur
l’Asie entière. Les doigts de Midas le dénouaient
et le renouaient machinalement en réfléchissant,
avec l’agilité d’un Ulysse tendant la corde de son
arc. Il savait qu’un jeune garçon malicieux et
blond comme le blé viendrait dans quelques
siècles trancher le problème. Mais le futur proche
semblait ne rien comporter au sujet d’ours
cimmériens mettant la patte sur la clé de l’Asie.
C’était comme s’ils s’évanouissaient en pénétrant
en Phrygie. Ils n’avaient pourtant rien de
fantômes. Ses yeux fermés revoyaient les fumées
noires observées le matin même au-dessus des
franges septentrionales du royaume. Au milieu
des fumées, Midas reconnaissait une silhouette
ancienne, celle du jeune homme qu’il avait été
jadis. A croire que son passé le rattrapait soudain
et venait solder ses dettes.
Il n’était pas dans la mentalité de ces
rugueux hyperboréens de négocier. Aucun
messager ne voulait plus aller à leur rencontre
depuis que les trois derniers n’en étaient pas
revenus. Les alliés ne viendraient pas prêter main
forte, ils étaient bien trop occupés à barricader
leurs maisons dans l’attente du cyclone
cimmérien. Aucun centaure à espérer en secours,
depuis qu’Héraclès les avait occis, les bons
comme les mauvais, après que l’un d’entre eux lui
eut malencontreusement marché sur le pied.
Aucun Géant ni Titan à qui demander de l’aide, à
moins bien sûr d’aller chercher les rares
survivants au fond des abîmes du Tartare et de
provoquer un cataclysme cosmique. Et le temps
héroïque d’Achille et autres vaillants au corps
huilé n’était plus. Seuls les rangs musclés des
Cimmériens semblaient contenir encore des
individus de ce calibre. Les oreilles de Midas
avaient entendu raconter les sagas de certains de
ces guerriers aux mâchoires carrées et à l’accent
tyrolien fort prononcé. Bien sûr, Midas aurait pu
sonner avec sa cornemuse quelques interminables
chants traditionnels brittoniques qui, à coup sûr,
parviendraient à l’éclatement des tympans et des
têtes des Cimmériens, mais la barbarie elle-même
avait ses limites. Les doigts serrés sur le noeud
gordien, Midas se demandait ce qu’il pouvait bien
faire.
Les sujets s’étaient rassemblés dans
l’enceinte de la capitale depuis plusieurs jours à
l’appel des cornes d’auroch. La peur se lisait sur
les visages. Midas souriait et rassurait chacun.
« Les murs sont imprenables mes amis, ce sont les
cyclopes eux-mêmes qui les ont édifiés. Aucun
humain ne pourra jamais déplacer ces pierres !
Tout ira bien ! » A l’aube du dixième jour, Midas
fit ouvrir les grandes portes de la cité endormie et
sortit seul dans la plaine. Comme un navire
quittant le port pour un dernier voyage, Midas
partit en direction du nuage de poussière qui
annonçait l’arrivée des cavaliers. Son vieux coeur
battait lentement et rythmait son pas. Il devinait
que ces chasseurs ne partiraient pas sans emporter
un glorieux trophée et il voulait éviter aux siens la
souffrance d’un siège trop long. Midas se retourna
une dernière fois pour fixer dans sa mémoire la
vision de ce qui avait été sa vie. Et il vit qu’il
n’était pas seul. Hommes, femmes et enfants
avaient franchi les murs et s’avançaient à sa suite,
aussi nus et sans défense qu’un troupeau de
blanches brebis devant le couteau du prêtre à
l’heure du sacrifice. Devant eux marchaient la
reine et son fils. Ils avaient tous choisi
d’accompagner et de mourir avec leur roi. L’or
invisible remplissait à nouveau l’atmosphère. Les
guerriers cimmériens arrivaient par milliers au
galop, visières de casques baissées et épées
tournoyantes. Lorsqu’ils furent à une dizaine de
mètres, Midas leva la main et prononça une seule
parole. Les chevaux freinèrent des quatre pattes,
éjectant les valeureux guerriers qui s’entassèrent
au pied du roi phrygien. Un rien hébété par la
chute et le prodige, celui qui semblait leur chef,
plus grand, plus sale et plus préhistorique que les
autres, sortit du tas de gisants en lançant un oeil
noir à sa monture. Elle ne perdait rien pour
attendre. Il ramassa sa double hache et s’avança
vers Midas. Il le fixa longuement du haut de ses
deux mètres cinquante, puis l’attrapa par les
oreilles et le souleva comme un lapin. Et quand il
l’eut à hauteur de sa tête, il lui dit : « C’est donc
toi le plus fortuné des mortels ?! Quelle triste
condition ! Dire que j'enviais ton sort ! Toi qui
transformes tout en or ! C’est plutôt l’or qui
semble t’avoir tout transformé ! Regardez mes
frères ! Nous avons trouvé plus primitifs que
nous ! Un mulet régnant sur des ânes et parlant à
nos chevaux ! » Il partit d’un rire rauque et
superbe. Ses compagnons le suivirent, braillant
mille diables. Et Midas rit avec eux.
On raconte que les Cimmériens ne
voulurent pas aller plus avant, qu’ils renoncèrent à
l’or du monde, lui préférant leurs vieilles épées de
fer et qu’ils rentrèrent chez eux. On raconte tant
de choses...


Postface



[b]
Il en va pour le conteur qui s’intéresse aux aventures du roi Midas comme pour le berger
étendu dans le pâturage qui tente de compter les étoiles accrochées au firmament. L’histoire de ce monarque est trop vaste pour qu’un jour quelqu’un prétende en
épuiser le sens. Notre désir, en portant un regard décalé sur sa légende, est de permettre la redécouverte et la célébration d’un compagnon
fidèle de nos vies.

Le nom de Midas nous est familier, mais
peu se souviennent qu’avant le personnage
mythique, il y eut un roi de chair et de sang. Il
vécut en Asie mineure à l’extrême fin du VIIIème
siècle avant notre ère. Son pouvoir fut plus doux à
son peuple qu’un mélange de miel et de sucre. Ce
monarque phrygien inspirait chez ses voisins
grecs le respect pour sa grande sagesse et
l’admiration pour sa fantastique richesse, tandis
qu’il était craint des puissants Assyriens. Deux
événements marquèrent le cours de son règne,
l’exploitation de gisements d’or et les invasions
cimmériennes. L’un lui fut profitable, l’autre non.
Enfin, lorsque ce roi magnifique quitta ce monde,
on plaça sur son tombeau une vierge de bronze
chargée de le pleurer pour l’éternité. La statue a
disparu et avec elle, son chagrin infini. Il n’était
pas dit que Midas passerait à la postérité en
abandonnant la bonté souriante qu’il émanait de
son vivant.

Les épisodes conservés de sa légende le
présentent d’ailleurs sous un jour des plus
plaisants. Ces princes de l’écriture que furent
Hérodote, Ovide ou Plutarque, pour ne citer
qu’eux, dépeignent un roi grotesque constamment
en train de ridiculiser le sceptre qu’il détient.
Entre autres prouesses mémorables, Midas a
demandé à Dionysos le pouvoir de transformer les
choses en or et s’en est mordu les doigts. Et il a
reçu de la part d’Apollon une coiffe d’âne pour
avoir préféré le vulgaire son du pipeau d’un satyre
aux mélodies enchantées de sa lyre. Ces gaffes
n’étaient pas dépourvues de valeur pédagogique
pour l’auditoire d’alors. Midas, comme le roi
Crésus de Lydie à sa suite, apprend grâce à elles
que l’argent ne fait pas le bonheur. Et il confirme,
après le devin Tirésias et le beau Pâris, qu’il n’a
jamais été bon pour l’homme d’être pris pour juge
par les divinités. Si Midas nous fascine encore aujourd’hui et
continue de nourrir nos vies, ce n’est pas parce
qu’il fut le héros malheureux de certaines leçons
de morale antique, ni même parce qu’il se révèle
si subversif à l’égard de son propre pouvoir,
encore que... Il nous parle surtout parce qu’il est
un frère. Car l’identité de Midas, à travers sa
fonction de roi universel, exprime celle de l’être
humain proprement dit. En effet, par les positions
que lui assignent les textes antiques, Midas se
situe au carrefour de toutes les directions du
destin humain. Il est reconnu d’un côté roi de la
ville et de la civilisation et de l’autre, il exerce
également son autorité au milieu des forêts et des
montagnes. On assiste à ses hésitations entre l’or
et le dépouillement. Midas semble avoir la dualité
dans le sang, ce que nous confirme encore le fait
qu’on le retrouve placé entre le faune Marsyas et
Apollon et, qu’à la manière du balancier d’une
pendule, il oscille constamment entre l’ombre et
la lumière, entre la plus élémentaire expression de
la vie et la plus céleste. Il paraît donc difficile de
ne pas se reconnaître une certaine parenté avec ce
Midas expérimentant le monde et incarnant tour à
tour les possibles de l’être humain.

L’exemple édifiant de ce roi fait homme
nous apporte rire et questionnement. Le rire, tout
d’abord, repose sur les résultats catastrophiques
que Midas obtient lorsque la vie lui laisse quelque
latitude pour présider à sa destinée. Car Midas est
le personnage qui se trompe à chaque moment où
des choix surgissent devant lui. Il s’enfonce, chute
de bonne foi en laissant ses désirs présider à ses
raisonnements. Il ne trouve jamais la bonne
réponse et sublime cette capacité viscérale à la
faute chez le genre humain. Il est le roi pêcheur
par excellence. Il célèbre l’erreur et l’érige droit
fondamental de l’humanité, comme s’il allait de
soi pour un être pétri dans l’argile de marcher
dans la boue. Il rend légers nos pas embourbés en
associant à ses égarements tragiques une
promesse de repentance et de rédemption. Ses
transformations physiques incessantes au cours
des épisodes nous montrent ces états multiples
que traverse l’homme, en même temps qu’elles
soulignent l’impermanence de toute chose. Midas
porte en lui le destin assumé et dédramatisé du
genre humain et nous invite en sa personne à rire
de nous-même.

Midas nous interroge car il offre sur les
choses une vision inhabituelle qui n’obéit pas au
bon sens commun. Pareil à un saumon, il va à
contre-courant et renverse les valeurs établies, que
ce soit celle de l’or ou de la musique. Sa vision du
monde ne relève pas de l’ordinaire. On pourrait
charger le dos de la mule et mettre cela sur le
compte de la stupidité du personnage. Mais
l’affaire n’est pas si simple. D’une part, l’image
du secret caché au fond du puits est parmi les plus
édifiantes de son mythe et nous invite à une
lecture en profondeur. D’autre part, la
personnalité de Midas dépasse de loin sa seule
dimension comique. Il y a aussi en lui un
caractère mystique. Les textes antiques grecs et
latins tout autant qu'ils le raillent, insistent sur sa
parenté divine avec la Mère des Mères Cybèle et
le décrivent comme un proche des dieux, tels
Dionysos, Apollon, Silène le silène, Marsyas le
satyre, ou encore Pan, qui le comblent de présents.

On le prétend initié aux mystères bachiques et
orphiques, ce qui n’est pas rien non plus. Et le fait
qu’il soit pris à partie pour juger un litige musical
entre divinités, atteste qu’il est capable d’entendre
les accents des instruments d’Apollon et de
Marsyas ! Ce mortel est assurément plus qu’un
homme ! Nous le voyons, celui que nous prenions
de prime abord pour un crétin à l’esprit étroit est
peut-être celui qui se joue de nous et de notre
prétention à saisir la vérité sur la base de notre
mental aux normes relatives et subjectives ! Il se
pourrait bien qu’il voie, lui, une réalité qui nous
échappe et nous dépasse. Le tour de force de ce
roi de carnaval est de faire tomber les masques.

Le plus bel hommage rendu à Midas et à sa
sagesse vient sans doute de Djalâl al-Dîn Rûmî, ce
grand soufi à l’origine de la confrérie des
derviches tourneurs. Cet Anatolien d’origine
afghane du XIIIème siècle a repris dans ses écrits
l’histoire de Midas en faisant tenir le rôle
principal au prophète Mahomet en personne.
Celui-ci y proclame que les mélodies de la flûte
en roseau révèlent sans paroles et sans langues les
mystères du Très-Haut. Et il admet que seul le pur
peut en jouir, car la foi tout entière est plaisir et
passion. Rûmî a rendu justice à Midas tout autant
qu’il revendique sa part d’héritage dans la
musique mystique musulmane. Et il est vrai que,
dans l’épisode du combat entre Apollon et
Marsyas, l’extase des écorchés de la vie au son de
la musique plaintive de la flûte, ou encore la mise
à nu des âmes par la lumière céleste, sont des
scènes narratives qui contiennent en germe de
grands thèmes de la confrérie de Konya. Dans
cette voie, le caractère dégradant de la
métamorphose faunesque de Midas serait peut-
être à reconsidérer.

Midas, cet être alchimique à la recherche de
l’or pur de la vie, lui qui fut Gilgamesh et Enkidu
réunis, ouvre par sa personnalité complexe sur
une de ces énigmes insolubles, du type de l’oeuf et
de la poule, qui perturbent même les intelligences
les plus aiguisées. Si ces énigmes nous tuent d’un
côté, elles nous mettent au monde de l’autre.

Retenons l’exemple de Zeus lui-même qui, après
avoir souffert ichôr et ambroisie à essayer d’en
résoudre une, finit par se casser la tête au sens
premier du terme : et comme nous le savons, c’est
l’esprit éclatant et transfiguré, en la personne
d’Athéna casquée et cuirassée, qui en sortit !

Un grand sage parmi les sages, Abdul
Hasan Kharaqânî, a un jour résumé ainsi son
expérience spirituelle : « j’ai rencontré Dieu en
fréquentant les ânes. » Que la compagnie de
Midas et de ses remuantes oreilles nous soit tout
autant profitable et réjouisse nos coeurs sur le
chemin de nos vies.


Dernière édition par le Mer 30 Mai - 20:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mythologie et philosophie   Mer 30 Mai - 20:13

Lexique des principales
références mythologiques et
historiques



Achille : héros grec très viril mais aux chevilles
fragiles. Il eut un destin fulgurant et glorieux en
participant à la guerre de Troie. Il y trouva une grande
renommée en raison de son invincibilité au combat, sauf
une fois, qui lui fut fatale.



Apollon : dieu grec de l’harmonie aux accents très
lyriques. Il avait la beauté irradiante du soleil mais était
plutôt susceptible. Il a fait pousser des oreilles d’âne à
Midas pour le punir d’avoir préféré la musique jouée par
le satyre Marsyas à la sienne. Quant au faune mélomane, il le dépeça vivant.



Aphrodite : déesse grecque de l’amour qui a
tendance à compliquer considérablement la vie des
humains.



Arès : dieu grec de la guerre, amant d’Aphrodite. Il
complique lui aussi la vie des humains et peut la
raccourcir sensiblement.



Athéna : déesse grecque qui s’occupe
paradoxalement de la guerre, de la sagesse et des arts. Fille
à son papa, Zeus, qui l’a conçue tout seul et qui en était
très fier. La moue inspirée de son visage oscille entre la réflexion et la constipation.



Atlas : titan grec qui porte le monde sur ses
épaules. Bref, quelqu’un sur qui on peut se reposer ! Il a
donné son nom aux livres de géographie et à une chaîne de
montagnes d’Afrique du Nord.



Assyriens : population sémite vivant en
Mésopotamie. Les Assyriens sont les voisins virulents des
Phrygiens et des Babyloniens. Ils sont très puissants à
l’époque de Midas et disposent alors d’un vaste empire
dont la capitale est Ninive.



Avalon : dans la mythologie celtique, petit verger
situé sur une île au bout de l’océan, juste après l’horizon.
Il est cultivé par neuf fées qui y ont planté de jolis
pommiers. L’île sert de villégiature aux grands guerriers
après leur mort au combat. Le roi Arthur y fait de jolies
cueillettes.

Voir Eden et Hespérides.



Centaures : créatures sylvestres de type mi-
homme mi-cheval. Les centaures supportent mal le vin
dont ils sont friands et passent leur temps à se battre avec
les héros grecs et à voler leurs femmes.



Cimmériens : population iranienne aimant bien se
déplacer aux frais des populations locales. Ils envahirent
l’Anatolie à la fin du VIIIème siècle avant notre ère et
auraient détruit le royaume phrygien. Leur nom est resté
attaché à la région de la Crimée, au nord de la Mer Noire.



Crésus : roi lydien de la première moitié du VIème
siècle avant J.-C. . Il est célèbre pour sa fabuleuse richesse
qui provenait en grande partie des filons d’or du fleuve
Pactole. Il a longtemps cru que sa situation matérielle sans
égale faisait de lui l’homme le plus heureux de la planète.
La perte consécutive de son empire et de son fils lui a fait
réviser son jugement.



Cronos : maître des Titans, dieux de l’ancien
temps, avant que la nouvelle génération divine emmenée



par son fils Zeus lui vole le pouvoir et sa virilité. Il est
alors transféré en zone de haute sécurité, soit sur l’île
ensoleillée des bienheureux, soit dans l’abîme sombre du
Tartare. Il y est cantonné à son rôle de grand horloger de
l’univers.



Cybèle : déesse mère des Phrygiens, déesse de la
fécondité, de la nature, des animaux, des morts et plus
encore… Elle pouvait être très castratrice pour ses adeptes
et notamment pour ses prêtres, les corybantes, émasculés
préalablement à leur entrée en service.



Cyclopes : vagues cousins des hommes au niveau
de l’ADN, en plus grands et plus brutaux. Signes
particuliers : un seul oeil au milieu du front et une hostilité
prononcée aux usages civilisés. Ils sont de grands
constructeurs de murailles et des forgerons très réputés
auprès des dieux.



Delphes : un des grands sanctuaires panhelléniques
de l’Antiquité. On venait de toute la Grèce y consulter
l’oracle d’Apollon. Le dieu solaire s’y exprimait par la
bouche d’une prêtresse appelée la pythie. Midas aurait été
historiquement le premier roi barbare à y consacrer une
offrande (son trône).



Dionysos : dieu grec d’origine thrace. Il était adoré
également en Phrygie. Dieu de la vigne, de l’ivresse, de la
transe et des débordements. Un sacré fêtard !



Eden : dans la Bible, petit verger du bout du
monde, du côté de l’Orient, cultivé et gardé par les anges
de Dieu. Il donne des fruits contenant un tas de vitamines
et d’informations ultra-secrètes interdites aux humains.
Adam et Eve y ont fait une bonne cueillette qui se révéla



assez indigeste pour leurs descendants.

Voir Avalon et Hespérides.



Enkidu : héros sumérien. Copain de Gilgamesh.

Voir Gilgamesh.



Gilgamesh : héros sumérien. Gilgamesh fut roi de
la grande cité d’Uruk en Mésopotamie. Maître du monde
civilisé, il aima d’une amitié virile indéfectible le prince
du monde sauvage Enkidu. Ils accomplirent ensemble
mille exploits si grandioses qu’ils firent trembler le
firmament des dieux. A la mort d’Enkidu, Gilgamesh
partit jusqu’au bout du monde en quête de l’immortalité,
mais s’en revint plus vieux et fatigué, son destin d’homme
toujours chevillé au corps.



Gordion (noeud de) : le char à boeufs de Gordion
fait partie des plus fameux de l’antiquité, en compagnie de
ceux du dieu soleil, d’Achille et de Ben-Hur. Ce char, qui
avait permis à Gordion d’être couronné roi de Phrygie,
avait la particularité de disposer d’un timon noué par un
noeud complexe en bois de coudrier. Un oracle rapportait à
son sujet que celui qui arriverait à le défaire deviendrait
roi de toute l’Asie. Personne n’y parvint jusqu’à la venue
du roi macédonien Alexandre le Grand dans la capitale
phrygienne. Celui-ci entra dans le temple de Zeus où il
était consacré et résolut facilement le problème : il trancha
le noeud avec son épée, puis continua fièrement sa longue
marche vers l’Inde.



Grecs : population barbare voisine des Phrygiens
qui habitent autour de la mer Egée. Ils vivent en petites
cités indépendantes et aiment beaucoup le palabre, la
liberté et la mesure en toutes choses. Ils étaient bien
copains avec les Phrygiens au temps de Midas, ce qui



explique les nombreux échanges interculturels entre ces
deux peuples.



Hadès : au-delà des humains après leur mort, juste
au-dessus du Tartare. Résidence légèrement différente de
l’Olympe concernant le luxe et le confort. Le chauffage y
est défectueux. Voir Olympe.



Héphaïstos : dieu forgeron et mari d’Aphrodite.
Habile de ses mains mais tordu des pieds. Il est devenu
boiteux après avoir essuyé une bonne raclée de son père
Zeus qui voulut le punir d’avoir pris la défense de sa mère
Héra.



Héraclès : héros grec à la force infatigable. Grande
brute civilisatrice. Il a réalisé quantité de travaux, érigé
des énormes colonnes à l’entrée de la Méditerranée. Les
monstres ne faisaient pas les guignols avec lui. Il en a
chassé et massacré des tas, dont un ou deux troupeaux de
centaures.



Hespérides : petit verger situé sur une île au bout
de l’océan. Il est cultivé par les neuf muses et protégé par
un dragon. Cronos y a emménagé à la chute de son
régime. Le jardin des Hespérides est célèbre pour ses
pommiers qui donnent des fruits d’or. Héraclès y a fait
une bonne cueillette.



Hittites : population brillante et bâtisseuse qui
régnait sur l’Anatolie au milieu du IIème millénaire avant
J.-C. et qui rivalisait alors de force avec les pharaons
d’Egypte. Les Phrygiens s’installèrent sur les ruines de
leur empire dévasté par les énigmatiques « peuples de la
mer » au XIIème siècle avant J.-C. .



Hydre : monstre féminin à plusieurs têtes assez
déplaisant. Un des jobs pour lesquels Héraclès fut
grassement payé consista à en débarrasser la surface de la
terre.



Lityersès : roi mythique phrygien, cruel et
tyrannique. Il affrontait ses hôtes dans des concours de
moissonnage à la faux où le perdant était décapité. Il finit
par trouver meilleur que lui en invitant Héraclès à
l’apéritif.



Lydiens : peuple voisin des Phrygiens et des Grecs
dont la capitale était Sardes. Leur roi Crésus conquit un
grand empire dans la première moitié du VIème siècle avant
J.-C. La Phrygie y fut rattachée.

Voir Crésus.



Marsyas : satyre à l’âme musicienne. Il vivait à
l’époque où la déesse Athéna inventa la flûte. Celle-ci
l’avait jetée car les autres dieux s’étaient moqués d’elle en
la voyant le pipeau aux lèvres et elle avait voué à la pire
mort celui qui la ramasserait. Ce fut Marsyas, innocent et
joyeux, qui la découvrit au milieu des herbes. Midas,
l’entendit jouer et trouva sa musique admirable, ce qui
valut au satyre d’être dépecé vif par le dieu Apollon.



Niobé : princesse mythique phrygienne, fille de
Tantale, qui se maria avec un roi de Thèbes en Grèce dont
elle eut une grande progéniture. Elle était si orgueilleuse
de sa douzaine d’enfants qu’elle s’estima publiquement
supérieure à la déesse Létone qui n’était mère que de deux
enfants, Apollon et Artémis. Ces deux derniers
massacrèrent joyeusement la descendance de Niobé qui,
de douleur, se changea en rocher.



Olympe : genre de quartier V.I.P. qui constituait la
résidence tout confort des dieux grecs. Très difficile
d’accès pour les humains. Les dieux s’y rassemblent en
grands banquets où ils décident des affaires du monde.



Pan : dieu sylvestre de la totalité et de la nature.
Copain des satyres et des bergers.



Pâris : héros troyen. Plus beau que brave, il
affectionnait particulièrement les combats à distance avec
son arc. Il fut nommé chef de jury pour le concours de
miss Olympe. Sa préférence pour Aphrodite entraîna la
colère d’Athéna et d’Héra qui détruisirent la ville de Troie.

Voir Troie.



Pélops : roi mythique phrygien qui visita la Grèce,
s’y installa et donna son nom à une de ses régions.
Accessoirement, il fut le plat principal d’un banquet peu
prisé par les dieux, sauf de Déméter qui lui mangea un
morceau d’épaule. Zeus, après avoir rassemblé ses chairs
et l’avoir ressuscité, lui offrit une épaule de rechange en
ivoire.



Phrygiens : peuple qui vivait en Anatolie (centre
de la Turquie actuelle) et dont Midas fut le roi le plus
prestigieux.



Prométhée : titan bienveillant à l’égard des
hommes. Il leur a appris quantité de choses géniales et leur
offrit le feu après l’avoir dérobé aux dieux de l’Olympe.
Zeus n’aimait pas qu’on joue avec son feu et sa colère a
causé de graves troubles hépatiques au titan.



Saba (reine de) : reine d’un royaume d’Arabie à
l’emplacement de l’actuel Yémen. Grand fantasme



masculin dans la version antique du conte des mille et une
nuits. A bien connu Salomon. Longtemps avant les rois
mages, elle a été la première à exporter des coffres de
myrrhe, d’encens et d’or en direction de la Palestine.



Salomon : roi des Hébreux au Xème siècle avant
J.-C. . Connu pour sa huppe, sa sagesse et sa justice. On
venait de très loin écouter ses conseils. Il a aussi construit
un grand temple à Jérusalem. Il tomba amoureux de
beaucoup de femmes, dont la reine de Saba.



Satyres : créatures sylvestres de type mi-homme
mi-bouc. Ils sont friands de vin et de nymphes, et ne ratent
jamais une soirée chez Dionysos.



Silène : vieux satyre qui trouva la vérité dans le vin
alors que Midas la cherchait dans l’or. Proche
collaborateur de Dionysos.



Tantale : roi mythique phrygien suffisamment
avide pour mentir aux dieux eux-mêmes au sujet d’un bien
volé. Il voulut par ailleurs tester les divinités en les
conviant à un repas où il leur servit son fils Pélops
découpé au milieu d’autres viandes. Les dieux avaient
beaucoup d’humour et le jetèrent dans le Tartare, attaché à
un arbre et privé de nourriture et de boissons jusqu’à la fin
des temps.



Tartare : sous-sol très profond et très sombre de
l’Hadès où Zeus jette pour le restant de l’éternité toute
créature coupable d’une faute grave.



Tirésias : devin grec qui vivait au temps d’OEdipe à
Thèbes. Il fut interrogé par Zeus et par Héra curieux de
savoir qui prenait le plus de plaisir en amour de l’homme



ou de la femme. Tirésias était le seul humain à avoir connu
les deux situations car il avait été, dans sa jeunesse,
transformé temporairement en femme. A ses yeux,
incontestablement, c’était la femme. Héra, qui ne se
souvenait pas avoir pris tant de plaisir que ça avec Zeus,
priva Tirésias de la vue pour avoir donné raison à son
mari. Zeus lui offrit le don de prophétie en compensation.



Titans : première race de dieux aux proportions
gargantuesques et à l’humeur volcanique. Ils ont beaucoup
travaillé au commencement du monde puis ont été
remplacés par des dieux jouissant de dimensions plus
modestes, mieux adaptées aux temps modernes.



Troie : grande ville d’Asie mineure au temps
d’Achille et d’Ulysse. Elle avait de très mauvais rapports
avec ses voisins. Elle occupait une position stratégique à
l’entrée du détroit des Dardanelles mais les archéologues
ont eu beaucoup de mal à retrouver son emplacement.



Ulysse : héros grec moins costaud qu’Héraclès
mais plus rusé. Copain d’Achille. Grand voyageur
méditerranéen. Il était roi de l’île d’Ithaque et épousa une
femme très patiente et experte en broderie fine. Il
possédait un arc qu’il était seul à pouvoir bander.



Yggdrasill : dans la mythologie scandinave, arbre
cosmique qui soutient le monde et en qui sont tous les
savoirs. C’est un frêne gigantesque.



Zeus : chef des dieux grecs au caractère plutôt
orageux et ayant un goût prononcé pour les aventures
extraconjugales. Il était également adoré en Phrygie où il
disposait d’un temple fameux dans la capitale.
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